Points à retenir

  • La durabilité des activités en Asie revêt une importance croissante aux yeux des différentes parties intéressées, ce qui crée de belles occasions de placement à l’échelle des marchés de l’Asie-Pacifique.
  • L’information que communiquent les entreprises sur les facteurs ESG a beau s’améliorer, les données restent incomplètes et inégales, de sorte que les circonstances sont réellement favorables aux stratégies de gestion active de placements durables en titres à revenu fixe asiatiques.
  • Dans le cadre de notre approche active, nous intégrons l’analyse des facteurs ESG à nos activités de recherche fondamentale sur les titres de créance et nous misons énergiquement sur le dialogue avec les sociétés, en faisant fond sur nos connaissances approfondies des langues, des cultures et des milieux d’affaires de la région qui nous permettent de nous forger une opinion globale des risques et des occasions.

 

Les progrès – parfois douloureux – de l’investissement durable sur les marchés financiers d’Asie

L’investissement durable suscite un intérêt croissant sur le marché asiatique. Au Japon, la valeur des actifs détenus dans le cadre de stratégies de placement durable a quadruplé de 2016 à 2018, propulsant le pays à la troisième place du palmarès mondial des marchés de l’investissement durable, derrière l’Europe et les États-Unis¹. L’essor de ces stratégies de placement s’est accompagné d’une augmentation des émissions axées sur le développement durable. Alors que les obligations vertes étaient très rares en Chine avant 2016, la région Asie-Pacifique représentait 26,7 % des émissions d’obligations vertes en 2018². Parallèlement à cela, la progression constante des émissions d’obligations vertes, sociales et durables a permis à ce segment d’occuper 3,6 % de l’indice J.P. Morgan Asia Credit Index (JACI), dont la valeur dépasse 1 000 milliards de dollars américains et qui est constitué d’obligations souveraines et de sociétés libellées en dollars américains émises en Chine et dans la région de l’ANASE³.

Cette évolution s’est appuyée sur plusieurs facteurs – à commencer par les impératifs des risques climatiques, les changements récents et prévus de la réglementation et la volonté des émetteurs de la région Asie-Pacifique de diversifier leurs sources de financement en se tournant vers les investisseurs internationaux. Cela dit, les progrès n’ont pas été faciles et resteront sans doute laborieuse. Bien que les grands détenteurs d’actifs asiatiques se soient alignés sur les principes pour l’investissement responsable (PRI) des Nations Unies et les recommandations du Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (GIFCC), les gestionnaires d’actifs de la région ne sont pas encore à la hauteur de leurs homologues mondiaux en ce qui a trait aux compétences et aux ressources disponibles pour intégrer les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) aux pratiques de placement courantes. Un sondage récent permet d’estimer à moins de 10 % la proportion de gestionnaires dans la région qui ajustent systématiquement leurs modèles d’après les informations ESG⁴. Or, tandis que les rapports scientifiques sur l’urgence des risques climatiques font les manchettes à travers la planète, les parties intéressées commencent sérieusement à réfléchir à l’ampleur et à l’allure des changements qui s’imposent.

Progrès rapides de l’investissement durable en Asie

Actifs durables en milliards de dollars américains

Progrès rapides de l’investissement durable en Asie. Le graphique à barres indique le niveau des actifs durables en Europe, en Amérique du Nord et en Asie-Pacifique en 2014, en 2016 et en 2018. Durant ces années en Europe, les actifs durables se sont chiffrés à environ 10 000 milliards de dollars, 12 500 milliards de dollars et 14 000 milliards de dollars, respectivement. En Amérique du Nord : environ 8 000 milliards de dollars, 10 000 milliards de  dollars et 13 000 milliards de dollars. En Asie-Pacifique : environ 400 milliards de dollars, 1 000 milliards de dollars et 3 000 milliards de dollars. Le graphique indique également le taux de croissance annuel composé, ou TCAC, des actifs durables dans les trois régions : 9,2 % en Europe; 16,2 % en Amérique du Nord; et 98,2 % en Asie-Pacifique.

Source : Global Sustainable Investment Alliance, 2018 Global Sustainable Investment Review. TCAC signifie taux de croissance annuel composé.

Accélération des émissions d’obligations vertes et sociales

Croissance du marché mondial des obligations ESG en milliards de dollars américains

Accélération des émissions d’obligations vertes et sociales. Le graphique linéaire et à barres illustre l’expansion du marché mondial des obligations ESG de 2013 au troisième trimestre de 2019. Les barres pour chaque année (et le total du troisième trimestre pour 2019) indiquent le montant des émissions annuelles, qui varie d’environ 10 milliards de dollars en 2013 à 200 milliards de dollars en 2018, et de 250 milliards de dollars durant les trois premiers trimestres de 2019. La composante linéaire du graphique montre la trajectoire des obligations ESG en pourcentage de l’indice J.P. Morgan Asia Credit, qui va de 0,1 % en 2013 à près de 3,7 % à la fin du troisième trimestre de 2019.

Source : HSBC Green Bond Market Overview 2019, au 30 septembre 2019. Les obligations ESG comprennent les obligations vertes, sociales et durables – des instruments dont le produit est exclusivement affecté à des projets environnementaux ou sociaux admissibles. L’indice J.P. Morgan Asia Credit (JACI) est composé de titres de créance liquides libellés en dollars américains émis en Asie, hors Japon.

 

Arguments en faveur de l’investissement durable sur les marchés des titres à revenu fixe asiatiques

Tandis que les tendances environnementales et sociales transforment les modèles d’affaires des entreprises, les détenteurs d’obligations sont aux prises avec les risques de crédit et les occasions que créent ces tendances au sein de leurs portefeuilles. À nos yeux, ces conditions offrent une excellente occasion aux gestionnaires actifs capables de tirer parti des forces dynamiques qu’un indice n’est pas en mesure de restituer. Tandis que les autorités de réglementation incitent les investisseurs à réfléchir à certains éléments comme les risques climatiques auxquels sont exposés leurs portefeuilles, les détenteurs d’actifs ont besoin d’aide pour en évaluer précisément et en gérer les répercussions. Sachant que la voie de la durabilité commence par l’amélioration des informations communiquées, les gestionnaires d’actifs utilisent des stratégies axées sur le dialogue avec les sociétés pour en apprendre davantage sur les émetteurs et encourager une meilleure circulation de l’information, l’idée étant à terme de rehausser la performance des entreprises en matière de durabilité ainsi que la résilience des portefeuilles des clients.

 

Vu la spécificité régionale des facteurs ESG en Asie, nous pensons que trois grands arguments s’inscrivent en faveur de l’investissement durable sur les marchés des titres à revenu fixe :

  • La nécessité de contextualiser et d’intégrer les données ESG. Les classements sur la durabilité établis par des tiers peuvent être utiles dans le cadre de la recherche sur les facteurs ESG, mais ils doivent faire l’objet d’une analyse d’interprétation supplémentaire. Nous ne considérons pas l’intégration des facteurs ESG comme une activité statique; nous utilisons des approches adaptables et dynamiques pour révéler les catalyseurs en émergence qui nous permettent de stimuler le rendement des placements dans la région.
  • La complexité et l’importance de la gouvernance en Asie. La structure de gouvernance de l’entreprise tend à être différente en Asie qu’ailleurs dans le monde, compte tenu de la proportion plus élevée d’entreprises familiales et d’État et du caractère courant des participations croisées. Les analystes des titres de créance dans la région en tiennent compte depuis longtemps, mais ces éléments soulignent la nécessité, pour les gestionnaires de placements, de s’appuyer sur des ressources et de l’expertise locales. Nos équipes implantées dans neuf pays d’Asie orientent l’analyse et la mise en œuvre des normes de gouvernance dans le cadre des décisions de placement.
  • La mise à profit de l’occasion de développement durable dans la région. L’histoire de la croissance de l’Asie est bien connue. L’industrialisation rapide, les exportations et les taux élevés de placement et d’épargne ont servi de moteur à une croissance économique supérieure à la moyenne et à l’expansion de la classe moyenne. Or, 61 % de la population mondiale vit en Asie⁵, sur environ un tiers de la surface de la Terre⁶, et cette population vieillit rapidement⁷. Nous nous attendons à ce que le marché récompense les sociétés qui offrent des solutions durables dans ce contexte et, grâce au système qui nous permet de les repérer en amont, nous pouvons mettre à profit ces occasions dans nos portefeuilles tout en exploitant le potentiel de croissance soutenue de la région.

Ces conditions constituent des arguments de poids en faveur des placements en Asie. Nous pensons pouvoir cibler en Asie de bons rendements corrigés du risque à long terme pour nos clients, tout en veillant à ce que nos portefeuilles de placements conservent leur ressort par rapport aux risques ESG et restent ouverts aux occasions ESG.

 

Développement de nos pratiques de recherche sur les facteurs ESG sur les marchés des titres de créance asiatiques (hors Japon)

Pour mieux cibler les facteurs ESG pertinents en ce qui concerne les placements en titres de créance asiatique, l’une de nos équipes chargées de cette catégorie d’actifs dans la région a mis au point un cadre ESG qui quantifie systématiquement l’influence de ces facteurs sur ses décisions internes de cotation des risques. Nous pouvons ainsi répartir les émetteurs de l’indice JACI entre plusieurs catégories, en attribuant aux émetteurs asiatiques (hors Japon) une cote d’intensité de risque (très élevé, élevé, modéré ou faible) pour chacun des facteurs E, S et G, en fonction de divers attributs quantitatifs et qualitatifs.

 

Évaluation de la durabilité dans le secteur de l’huile de palme en Asie du Sud-Est

Nos pratiques d’intervention et l’intégration des facteurs ESG à notre processus de recherche axé sur l’analyse fondamentale des titres de créance ont réellement permis d’atténuer les risques dans tout un éventail de secteurs et de pays représentés dans nos portefeuilles. Notre travail dans le secteur controversé des plantations de palmiers à huile en est un exemple récent et pertinent.

 

Dans le cadre de sa vérification diligente des facteurs ESG, l’équipe de recherche sur les titres à revenu fixe asiatiques dégage les meilleures pratiques environnementales et de travail, puis ajuste la cote de risque attribuée par notre système interne dans le cas des entreprises qui s’exposeraient à des risques importants si elles ne respectaient pas les normes. Ainsi, un producteur d’huile de palme d’Asie du Sud-Est jugé à haut risque a dû cesser de vendre ses produits aux acheteurs européens en 2017 par suite d’une plainte internationale portant sur le développement non durable des plantations. L’affaire a eu des retombées immédiates sur de nombreux contrats internationaux, ce qui s’est répercuté sur la valeur de ses actions et de ses obligations.

Par opposition, une autre société assortie d’un risque modéré exerce des activités diversifiées couvrant d’autres cultures et reste moins dépendante du marché mondial, sur lequel la demande d’huile de palme certifiée durable augmente constamment. L’application du cadre exclusif de recherche et d’évaluation de la matérialité des facteurs ESG est donc désormais un élément important du processus décisionnel de l’équipe pour sélectionner les placements.

Graphique : Sensibilisation croissante à l’égard de l’huile de palme durable 

Le nombre de membres de la Table ronde sur l’huile de palme durable (RSPO) a considérablement augmenté dans 94 pays.

Nombre de membres    

Le nombre de membres de la Table ronde sur l’huile de palme durable (RSPO) a augmenté dans 94 pays. Le graphique linéaire montre la croissance du nombre de membres au sein de la RSPO de 2014 à décembre 2019. Le nombre de participants passe d’environ 1 600 en 2014 à 4 350 en 2019.

Source : Table ronde sur l’huile de palme durable, 18 décembre 2019. 

 

Nos pratiques d’intervention en Asie

Le dialogue avec les sociétés reste une pratique émergente en Asie, même parmi les actionnaires. L’intervention des porteurs d’obligations est encore plus rare, alors que les titres de créance représentent une plus grande portion de la structure des capitaux des entreprises. Et ce, tout particulièrement dans les secteurs reposant fortement sur le crédit, comme les services publics, les constructeurs d’automobiles et l’industrie manufacturière, qui sont fortement exposés aux risques et aux occasions liés à l’environnement à long terme. Nous pensons pouvoir tisser des liens durables avec les émetteurs en misant sur le partenariat et la discussion collaborative. À l’extérieur du Japon, nous croyons qu’il est bon d’avoir l’appui de l’une des plus grandes organisations mondiales de gestion de placements en titres à revenu fixe asiatiques, notamment des membres de l’équipe de recherche exclusive sur le terrain et de l’équipe ESG œuvrant dans la région de la Chine élargie et de l’ANASE.

 

En discutant avec eux des différents sujets ESG, nous apprenons à mieux connaître leur modèle d’affaires et leur stratégie. En intervenant auprès des entreprises, des gouvernements et des organismes de réglementation, nous mettons à profit l’avantage que nous procurent les informations dont nous disposons sur un vaste éventail de marchés locaux, de langues et de cultures. Nous sommes également en mesure de leur présenter notre point de vue sur les pratiques exemplaires du secteur en matière de durabilité, d’après nos recherches et notre expérience. À notre avis, l’intervention a le potentiel de protéger et de faire fructifier le capital investi, tout en orientant les grands enjeux et en favorisant la résilience des marchés des capitaux.

 

Diversité des conseils d’administration et gouvernance en Chine

Nous pensons que la diversité des membres des conseils d’administration tend à améliorer le leadership et la gouvernance des entreprises et, en définitive, rehausse leurs résultats et leur compétitivité. Gestion de placements Manuvie compte parmi les membres fondateurs de la Board Diversity Hong Kong Initiative, qui vise à mettre cette idée en pratique en encourageant la diversité à tous les échelons des sociétés cotées en bourse à Hong Kong⁸.

 

Dans le cadre de nos interventions, nous avons discuté de la question avec une société technologique et de médias chinoise cotée à Hong Kong, dont tous les membres du conseil étaient des hommes depuis le lancement en bourse de la société. Celle-ci nous a expliqué comment étaient désignés les administrateurs indépendants et nous lui avons fait part de notre opinion, selon laquelle la diversité des membres siégeant au conseil pourrait améliorer la surveillance stratégique de la compétitivité, notamment à l’égard des produits et services destinés aux femmes. La société a ensuite amélioré la communication d’informations sur la prise en compte du sexe dans le processus de désignation des administrateurs; elle a ensuite nommé une femme au conseil d’administration. L’expérience de cette dernière a apporté au conseil une nouvelle expertise dans un secteur qui devrait devenir une orientation stratégique fondamentale de la société.

 

Développement de nos pratiques de recherche sur les facteurs ESG sur les marchés des titres de créance au Japon

Le marché des obligations de sociétés au Japon, qui ne compte qu’environ 450 émetteurs, se distingue de l’ensemble de la région asiatique. De plus, la répartition des cotes est biaisée, car il n’y a pas de marché d’obligations à rendement élevé. En ce qui concerne la recherche sur les titres de créance japonais, notre équipe analyse et intègre les facteurs ESG à chaque étape du processus de prise de décision en matière de placement : (1) l’analyse pour déceler les problèmes importants en matière d’ESG et déterminer les objectifs d’intervention, (2) l’intégration des facteurs ESG dans l’analyse de crédit traditionnelle, (3) le dialogue avec les émetteurs et les interventions auprès d’eux et (4) l’investissement.

En tenant compte des caractéristiques du marché obligataire japonais ainsi que de la vigueur et des occasions qui s’offrent relativement aux titres de sociétés japonaises, l’équipe des titres de créance s’est concentrée sur les activités d’intervention relative aux facteurs ESG.

 

L’intervention au Japon

Au Japon, l’intervention des investisseurs à l’égard des facteurs ESG en est encore à ses balbutiements. Nous pensons toutefois que les entreprises japonaises partagent une conception culturelle implicite du large éventail de parties intéressées qu’elles servent, comme l’incarne le principe du « sanpo yoshi » (triple avantage – pour le vendeur, l’acheteur et la société). Par conséquent, notre programme d’intervention vise à encourager les entreprises à faire clairement comprendre cette optique aux investisseurs mondiaux en communiquant leurs progrès et en établissant des objectifs quantitatifs.

 

En préparation du dialogue, ces deux équipes procèdent à des examens approfondis des pratiques de l’entreprise quant à la communication des informations en anglais et en japonais. Le processus nous aide à comprendre dans quelle mesure l’entreprise intègre les facteurs de durabilité ESG à sa stratégie d’affaires et nous donne une idée de la qualité des données qu’elle publie à la lumière des problèmes potentiels de traduction. Il peut aussi nous permettre de repérer objectivement les meilleurs et les moins bons élèves et de définir les besoins d’information dans les domaines ESG. Nous discutons souvent franchement avec les entreprises des points épineux rattachés à la collecte et à la communication des données, des études de tiers sur les facteurs ESG et de la façon d’obtenir l’adhésion des parties intéressées internes relativement à la communication des informations. Nous rencontrons les entreprises à de nombreuses reprises afin de tisser des liens avec elles et nous constatons que celles auprès desquelles nous intervenons établissent des objectifs concrets dans les domaines ESG et communiquent des informations sur les progrès qu’elles accomplissent à cet égard, ce qui est encourageant. 

Nos actions ESG au Japon, par secteur

Nos actions ESG au Japon, par secteur. Le diagramme circulaire présente la répartition sectorielle des engagements bilatéraux réalisés du 1er janvier au 30 septembre 2019. Les voici, par ordre décroissant : produits industriels (24 %), matières premières (24 %), services financiers (12 %), consommation discrétionnaire (4 %), soins de santé (3 %), énergie (2 %), technologies de l’information (1 %) et consommation de base (1 %).

Source : Gestion de placements Manuvie. Reflète les interventions ESG auprès des sociétés de janvier 2019 au 30 septembre 2019. À titre indicatif seulement.

Rehausser la création de valeur des entreprises dans le secteur des services publics japonais

Il y a 11 grandes sociétés d’électricité au Japon, et leurs obligations représentent environ 15 % du total des obligations de sociétés japonaises en circulation⁹. Par conséquent, ce secteur comprend une importante composante de titres à revenu fixe de base japonais pour les investisseurs mondiaux. Qui plus est, les tentatives d’augmentation de la valeur des compagnies d’électricité peuvent avoir d’énormes répercussions sur les résultats.

 

Notre équipe locale des titres de créance investit dans la plupart de ces 11 sociétés japonaises de services publics depuis plusieurs années. Les communications fréquentes que nous entretenons avec ces sociétés nous ont fait prendre conscience du fait que le plus gros défi est de réussir à maintenir la stabilité de l’offre énergétique dans le contexte du passage nécessaire à un avenir moins polluant. La tâche est titanesque et les compagnies d’électricité s’emploient en grande partie à développer des technologies permettant de réduire les émissions de carbone dans le contexte de la suspension des activités nucléaires causée par la catastrophe de Fukushima.

 

Tout d’abord, il faut savoir que le Japon dépend lourdement des importations d’énergie. Sur le plan de l’autonomie énergétique (calculée en divisant l’approvisionnement total en énergie primaire d’un pays par sa production énergétique), le Japon n’a qu’une autonomie de 8 % – un taux nettement inférieur à ceux des autres marchés développés, dont la France (56 %), le Royaume-Uni (66 %), la Chine (84 %), les États-Unis (92 %) et le Canada (174 %). De plus, à 27,3 %, la superficie résidentielle habitable du Japon est à la fois inférieure à celle des autres pays et plus concentrée sur les villes côtières, plus exposées aux dangers physiques des risques climatiques¹⁰.

 

Dans le cadre de nos discussions bilatérales de coopération avec ces entreprises, nous sommes sensibles à ces questions fondamentales et nous rencontrons par conséquent des gens qui sont plus disposés à partager notre point de vue quant à l’orientation des investisseurs mondiaux soucieux de réduire les émissions de carbone à l’échelle de l’économie, à notre propre expérience en matière de gestion des risques liés aux émissions de gaz carbonique dans nos portefeuilles et à notre travail de sensibilisation des entreprises japonaises aux recommandations du GIFCC. Soulignons que les 11 grandes compagnies d’électricité soutiennent le travail du GIFCC et que nous les consultons à propos de l’objectif collectif du secteur pour les émissions de carbone, tout en encourageant chaque compagnie d’électricité à fixer ses propres objectifs à cet égard.

 

L’expérience nous a appris que les investisseurs doivent tenir compte du contexte local lorsqu’ils réfléchissent à un impératif climatique mondial comme la transition vers une économie sobre en carbone. De plus, nous pensons qu’une approche collaborative est essentielle pour faciliter l’adaptation des compagnies d’électricité japonaises, car les solutions pour réussir cette adaptation ne sont pas simples. Le développement d’énergies renouvelables, par exemple, présente certaines difficultés fondamentales qu’il importe également de comprendre pour maximiser l’impact du dialogue dans les domaines ESG. En ce qui concerne les parcs éoliens au large des côtes, les projets de construction des installations autour du Japon peuvent être plus coûteux et plus risqués qu’au large des côtes d’autres pays dont les eaux peu profondes et la moindre activité sismique rendent de tels projets plus viables sur le plan économique. Dans le cas de l’énergie géothermique, le risque sismique plus élevé complique aussi la donne, à l’instar de la convergence des sites géothermiques et des zones résidentielles habitables relativement restreintes. Parallèlement à cela, le redémarrage des centrales nucléaires a exigé la mise en place de mesures de sécurité rigoureuses après la catastrophe de Fukushima. Il est indispensable de comprendre ces éléments si l’on veut pouvoir rallier progressivement et constructivement les différentes parties intéressées à la cause, ce qui est nécessaire pour mettre en œuvre une transition ordonnée adaptée au contexte local.

 

Conclusion

Dans le contexte des paradigmes parfois contradictoires et en pleine évolution de l’émission d’actifs asiatiques durables et des placements dans de tels actifs, nous pensons que les parties intéressées doivent agir avec précaution et procéder à un contrôle préalable concerté pour éviter les résultats confus. De l’étape de l’émission d’une obligation à celle de la mise en application d’objectifs de placement durable à son égard, les parties intéressées doivent élaborer des processus rigoureux permettant d’évaluer le profil ESG de chaque émetteur. Nous estimons que la recherche active et le dialogue sont indispensables pour définir les véritables secteurs de risques et d’occasions ESG, élaborer des stratégies convaincantes pour atténuer ou exploiter ces facteurs, et intégrer stratégiquement ces éléments dans nos portefeuilles.

 

À nos yeux, le dialogue avec les sociétés peut réellement faciliter l’atteinte de ces objectifs, en particulier lorsque les intervenants sont conscients des conditions locales et ne perdent pas de vue les objectifs de durabilité à l’échelle de la planète. Mais pour maximiser son efficacité, nous pensons que le dialogue doit mettre l’accent sur la création d’un partenariat de longue haleine visant à faciliter l’implantation de pratiques d’affaires plus durables.